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Wedan Al-Faras, Qasr Al-Sagha,
Dimet Al-Sabaa, et l’antique route qui relie Fayoum
à Bahariya sont des sites archéologiques connus sur
la rive nord du lac. D’ailleurs, cette zone renferme
aussi Djebel Quatrani, riche par les squelettes
d’espèces d’animaux fossilisés, sans oublier la
grande quantité de bois fossilisé dont la date
remonte à des milliers d’années. Une telle richesse
archéologique et géologique a encouragé le ministère
du Tourisme à réaliser dans cette région historique
un grand projet qui vise en premier à mettre en
valeur ces sites sur le plan touristique. Le
ministère a pris des mesures concrètes sur ce sujet
en publiant dans les journaux une adjudication pour
la réalisation du projet. « C’est une zone
fascinante et vierge qu’il faudrait exploiter sur le
plan touristique », assure Abdel-Mohaymen Mohamad,
directeur du département du développement des zones
touristiques. Pour lui, cette région a été choisie
pour son paysage insolite qui comprend à la fois le
désert, le lac et les montagnes. D’ailleurs, cette
région, étant proche du Caire, va inciter les
visiteurs de la capitale à y faire de petites
randonnées. Cependant, l’annonce d’un tel projet a
déplu à la fois au secrétaire général du Conseil
Suprême des Antiquités (CSA) et aux responsables de
la réserve naturelle Qaroun dont une grande partie
de la surface est incluse dans cet aménagement
prévu. Pour ce, un comité composé d’archéologues et
de géologues a été formé pour examiner le chantier
du nouveau projet. « Nous accueillons avec plaisir
tous les projets de promotion touristique, mais à
condition qu’ils ne nuisent pas aux sites
patrimoniaux, considérés comme les plus rares du
monde entier », affirme Khaled Saad, président du
comité formé par le CSA. Il s’agit en fait de
l’installation d’une cité touristique qui s’étale
sur 400 000 m2 au nord du lac Qaroun. Elle est
planifiée de manière à renfermer en principe deux
quartiers séparés par un centre-ville. Celui-ci
devra comprendre tous les services ainsi qu’un
centre sportif, notamment des terrains de golf.
Quant aux quartiers, l’un comportera des villas
privées et l’autre 18 hôtels dont la capacité de
chacun sera de 300 chambres. « Cette superficie ne
représente que le dixième des 1 121,4 hectares que
l’Organisme de la promotion touristique a le droit
d’utiliser selon un décret présidentiel promulgué en
1992, au profit de la réserve naturelle de Qaroun »,
explique Abdel-Mohaymen Mohamad. Pour lui, un tel
projet va servir aussi les touristes de la région de
Wadi Al-Hitane qui est déclarée comme patrimoine
mondial.
Cependant, les examens préliminaires du comité ont
révélé que la zone sélectionnée comprend plusieurs
sites archéologiques de différentes époques, depuis
l’Ancien Empire jusqu’à l’âge copte, en passant par
le Moyen Empire et l’époque gréco-romaine. De plus,
l’intérêt archéologique est accentué grâce aux
trouvailles dégagées chaque saison. Ainsi se
distingue la région Wedan Al-Faras « les oreilles du
cheval », dont la nomination est attribuée suite à
la forme typique des montagnes de basalte qui
ressemblent, de loin, aux oreilles du cheval. «
C’étaient les carrières essentielles desquelles
étaient ciselés les blocs de basalte utilisés dans
la construction des temples de l’époque », explique
Ahmad Abdel-Aal, directeur général des antiquités du
Fayoum au CSA. D’ailleurs, Wedan Al-Faras comprend
l’unique antique route pavée de l’Ancien Empire qui
reliait le Fayoum à Bahariya. Une découverte qui
redouble l’importance archéologique du site.
De même, la zone destinée pour le projet de la
promotion touristique comprend Qasr Al-Sagha. Elle
renferme un temple de grès datant du règne d’Amnemhat
III du Moyen Empire. Et bien qu’il soit bâti d’une
matière fragile et qu’il soit dépourvu de décoration
impressionnante, ce temple est considéré comme l’une
des plus rares constructions de son époque. D’une
part, celui-ci garde toujours toutes ses
composantes, représentant en fait une architecture
représentative du Moyen Empire. D’autre part,
celui-ci reflète la dévotion religieuse de la
société égyptienne, puisque ce bâtiment a été édifié
pour répondre aux besoins d’une petite communauté de
mineurs qui ciselaient la pierre des montagnes des
alentours. D’ailleurs, la zone en question comprend
encore Dimet Al-Sébaa qui renferme une ville
gréco-romaine complète où opère depuis plus qu’une
dizaine d’années une mission italienne présidée par
Mario Capasso et Paola Davoli de l’Université de
Lecce. Cette ville, outre ses maisons intactes de
plusieurs étages, renferme essentiellement une
enceinte religieuse composée d’un temple ptolémaïque
prolongé d’un autre romain, auxquels sont annexées
des salles pour le clergé. « Tous ces éléments
architecturaux ont été révélés lors de la dernière
saison de fouilles », explique l’archéologue. Mais
le plus important aux yeux de Abdel-Aal, c’est « la
muraille romaine qui entoure cette enceinte
considérée comme incomparable dans le monde entier
», commente l’archéologue. Pour lui, cette muraille,
étant complète, se dresse majestueusement, livrant
les secrets architecturaux d’une civilisation
écroulée. En plus, les récentes fouilles ont livré,
au bout de la ville, une route pavée qui la reliait
à la côte nord du lac Qaroun. « Nous sommes alors
devant une ville antique dans son intégrité qui est
en train de livrer ses précieux secrets annuellement
», reprend l’archéologue qui trouve ridicule de
laisser le ministère du Tourisme réaliser un tel
projet sur la côte nord du lac. « Comment admettre
qu’une telle région archéologique, voire culturelle
fasse l’objet de telles menaces destructives ? », se
demande-t-il.
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Le projet a un autre aspect pour
les responsables de la réserve naturelle de Qaroun.
En effet, la région désignée, si elle bénéficie un
droit d’usufruit pour l’Organisme de la promotion
touristique depuis plus d’une quinzaine d’années,
c’est parce que les « relevés géologiques de
l’époque n’étaient pas aussi avancés que ceux
aujourd’hui », explique Mohamad Guébeili. Désormais,
une telle décision doit être révisée, ainsi que le
projet touristique déclaré par le ministère du
Tourisme. En effet, cette région comprend
d’importantes formations géologiques dont Djebel
Quaterani est le plus important, puisqu’il est
considéré comme la mine la plus riche en fossiles du
monde entier. D’autre part, « notre propre
expérience avec ce genre de projets touristiques est
déplorable », explique le géologue. Il s’agit de
celui qui a été déjà installé, depuis longtemps, sur
la rive sud du lac. La plupart des hôtels et
villages touristiques qui y sont fondés sont
désertés tout au long de l’année. Juste un petit
nombre est fréquenté pendant deux mois seulement par
an. Un tel état pitoyable s’explique par l’absence
complète de l’infrastructure. En plus, ceux-ci se
débarrassent de leur eau usée dans de gros dépôts
érodés qui les versent dans le lac. Résultat. Le
taux de la pollution y est élevé. Par conséquent,
les touristes ne fréquentent plus le site. «
Pourquoi le ministre du Tourisme veut-il répéter une
telle catastrophe sur la côte nord du lac ? Il vaut
mieux étudier, voire réviser les projets déjà
installés », reprend le géologue.
Or, « nous n’assumons aucune responsabilité quant au
succès ou non des projets. Notre rôle se limite au
soutien apporté à la construction d’unités. Mais
leur réussite, c’est une autre affaire », reprend
Abdel-Mohaymen Mohamad. C’est le cas du village
touristique Chakchouk dont l’état est déplorable.
Quant au projet de la promotion touristique au nord
du lac Qaroun, Abdel-Mohaymen Mohamad accepte
l’établissement d’une coopération avec le CSA et le
service des réserves naturelles. S’étant rendu
compte de l’importance du patrimoine culturel et
naturel, celui-ci a accepté d’annuler tout
réaménagement dans les zones importantes tout en
maintenant la carte du projet. Avis complètement
rejeté par Hawas qui assure que chacune de ces
régions archéologiques a une enceinte qui doit être
gardée intacte et respectée. Pour lui, il faut
annuler le projet purement et simplement.
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