GREPAL Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant

  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Le temple de Dendera


 

Ce temple de Dendera est dédié à la déesse Hathor, une divinité pouvant apparaître sous la forme d’une vache, d’une femme ou d’une créature composite mi-femme mi-bovin, la manifestation la plus spectaculaire étant celle d’un visage féminin portant des oreilles de vache. Son culte en tant que déesse du sycomore est attesté dans le Delta à l’Ancien-Empire. Les grands rois la vénèrent sous cette forme comme le soulignent les textes des statues-triades de Mykérinos (musées du Caire et de Boston). Une chapelle construite derrière le temple de Mentouhotep Ier montre que sous la XIe dynastie elle est aussi vénérée à Thèbes comme divinité de la nécropole tandis que dans le Sinaï à la XIIe dynastie son rôle est de protéger les mineurs, charge qu’elle partage avec le dieu faucon Sopdou. A Dendera elle dispose d’un temple en grès construit à l’époque ptolémaïque et romaine ; sur plusieurs plafonds, la présence de Nout, la déesse du ciel, accouchant du soleil matinal embrasant le temple de Dendera détermine ce lieu comme celui de la résidence terrestre d’Hathor.

Ce temple élevé par les derniers monarques ptolémaïques, s’appuie certainement sur les arasements d’édifices antérieurs. Ceci est suggéré par la découverte d’éléments réutilisés dans la construction (une colonne au nom d’un roi de la XIIe dynastie) ou retrouvés dans les déblais (un fragment de statue au nom du roi Pepi Ier). Les textes et vignettes qui se déroulent sur les murs des cryptes de Dendera sont aussi instructifs puisque on y mentionne un temple existant dès le temps des « Serviteurs d’Horus » (IVe millénaire) de même qu’on trouve une représentation d’un objet cultuel (sistre) au nom d’un roi Pépi (VIe dynastie).

De manière surprenante, cet édifice ne dispose pas des massifs d’entrées habituels, les pylônes, ni de portiques d’accès que l’on rencontre dans les autres temples (éléments sans doute prévus dans le programme initial). Passée l’enceinte en briques crues, un parvis mène directement au temple. En dépassant la porte d’entrée de l’enceinte, vous soulèverez la tête pour apercevoir le dieu Râ sous la forme d’un disque ailé suivi d’un scarabée céleste poussant le soleil levant, vue de dessous, les pattes repliées sous le ventre.

Derrière la monumentale porte d’entrée en pierre, une divinité particulière semble vous accueillir sous la forme d’un bas-relief représentant Bès, le gnome grimaçant qui éloigne les djinns. Nous ferons un arrêt au mammisi (temple d’accouchement) construit par Nectanébo Ier (vers 360 avant J.-C.) afin de décoder un bas-relief retraçant la conception divine de Ihy, fils local d’Hathor et de l’Horus d’Edfou. On peut notamment y apercevoir Amon s’adressant au dieu bélier Khnoum qui modèle ensuite sur son tour de potier l’héritier divin sous le regard de Heket, une divinité batracienne.

Une porte au milieu du temple principal permet d’accéder au grand vestibule quadrangulaire soutenu par 24 colonnes, surmontées chacune d’une effigie d’Hathor dite « quadrifons » (fixant les quatre points cardinaux). Cette Ière salle hypostyle a été rajoutée à l’édifice dans une phase récente de construction en grande partie, voire intégralement, à l’époque romaine. Le plafond est divisé en sept travées et décoré de scènes astronomiques ;  on distingue le trajet du soleil dans le corps de la déesse Nout, celui de la lune, les décans et les douze heures du jour et de la nuit.

 

Chapiteau Hathorique

Détail du plafond : Shou et Tefnout

 

La salle suivante (qui était la 1ère salle du temple à l’époque grecque) est soutenue par six colonnes composites surmontées d’un dé hathorique. La décoration de ses murs retrace les différents actes de fondation du temple : le roi tient une houe pour creuser la première tranchée, apporte un lingot de matière précieuse qu’il déposera dans les fondations du temple, transporte un plateau de briques, purifie l’édifice en projetant des graines d’encens, puis « remet » officiellement son temple à Hathor. Dans l’une des six chapelles latérales de cette salle à six colonnes (la première à droite en entrant) dite « chapelle du trésor », les soubassements montre une procession de divinités soutenant un plateau contenant des vases remplis de minéraux précieux (or, cornaline, malachite, lapis-lazuli…), le nom de leur région ou pays d’origine étant apposé sur leur tête.

Le sanctuaire était doté à l’origine d’un naos enfermant la statue d’Hathor et précédé des barques divines qui sont représentées sur les murs. A droite (ouest) figure celle de Isis et de Horsemataouy (un fils d’Hathor) et à gauche (est) celle de Hathor et de Horus. Un déambulatoire autour du sanctuaire dessert onze chapelles ; celle de Sokar révèle une scène unique : la capture d’Osiris dans un filet sous la forme d’un œil Oudjat (aspect lunaire du dieu) par les divinités Shou et Thot.

Les cryptes aménagées dans les sols ou les murs sont particulièrement nombreuses à Dendera et servaient à entreposer les richesses du temple. Ces « coffre-forts » contenaient le matériel cultuel, les statues divines et les archives. Si elles ont toutes été pillées, les images de ces trésors disparus sont représentées sur les murs des cryptes avec souvent leurs dimensions et leur matériau. De cette manière, en cas de disparition des originaux, ces reproductions permettaient à la divinité de continuer d’en disposer, leur simple représentation ayant valeur réelle pour les Egyptiens.

Nous visiterons une crypte dédiée à Horsemataouy (« Horus qui unit les deux terres ») sous la forme d’un faucon. Une scène originale présente deux fois un serpent dans une gangue jaillissant d’un nénuphar ; il s’agit de naissances solaires (celles de Horsemataouy en tant que dieu de haute et basse Egypte ?) soutenues par le pilier Djed et le génie de l’éternité Neheh. Nous prendrons ensuite un escalier qui mène au toit du temple. Là se trouve un édicule solaire dont la fonction est de régénérer et de recharger la statue d’Hathor en énergie, par exposition directe aux rayons du soleil. Plus loin, s’ouvrent deux chapelles osiriennes. C’est dans ces lieux retirés du temple que l’on pratiquait des cérémonies secrètes, les mystères, comme celle ayant trait à la confection des statues des « Osiris-végétants ». Dans la petite cour précédant la chapelle ouest dédiée à la renaissance d’Osiris, nous décrypterons un long texte et des vignettes qui expliquent ces cérémonies qui avaient lieu au mois de Khoiak. Il s’agissait de fabriquer deux effigies osiriennes représentant Khentiamentiou et Sokaris. Une vignette figure un moule en or à l’effigie d’Osiris placé dans une cuve en schiste. On mettait dans ce moule de la terre humide et des graines d’orge, leur germination symbolisant la résurrection du dieu. Ces images rappelaient la fonction originelle d’Osiris, dieu de la terre et de la végétation et on les inhumait dans le temple à la fin du mois de Khoiak.

Nous terminerons notre visite par le mammisi romain dont les bas-reliefs du mur extérieur sud sont exceptionnels. Notez par exemple la finesse de la scène glissée sur le pagne de l’empereur qui dévoile un griffon piétinant les ennemis du roi.

 

Naissances divines assistées des entités

Djed et Neheh (Crypte)

Détail du pagne royal : griffon piétinant

des ennemis (Mammisi romain)

 

Copyright Luc Watrin 2008

 

Toute utilisation des textes et illustrations sans autorisation écrite préalable est passible de poursuites judiciaires.

 
Vue générale du temple de Dendera

 

 

Thot et Shou capturant Osiris dans un filet
 

© 2009 GREPAL. Tous droits réservés (sauf mention contraire).