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Les grands temples de Karnak


 

 

Karnak est un des sites les plus vastes du monde. Il doit son importance aux pharaons du Nouvel-Empire. Victorieux des pharaons Hyksos, rois originaires du Levant qui occupaient la Basse-Egypte depuis au moins deux siècles, le souverain thébain Ahmosis fonde un immense empire autour de 1550 avant J.-C. Sa ville natale de Haute-Egypte, Waset (Thèbes) est alors promue au rang de capitale d’empire et le seigneur du lieu, Amon, devient le « roi des Dieux ». Une partie du butin et des tributs collectés par le palais royal sont reversés au temple qui n’aura de cesse de s’agrandir au cours du temps sous les XVIIIe, XIXe et XXe dynasties. Les liens entre le pouvoir et les prêtres sont étroits puisque le souverain est le « fils du Dieu » et doit périodiquement reconfirmer ses droits au trône dans l’enceinte du temple dans un édifice spécialisé (une salle de jubilé dite Heb-Sed).


A notre arrivée à Karnak, une conférence liminaire tentera de déterminer les origines du temple d’Amon, apparemment implanté en partie sur un établissement préhistorique naqadéen comme l’atteste du mobilier archéologique en place dans les couches les plus profondes du site à l’Est du lac sacré. Nous essaierons ensuite de saisir le rôle majeur de la première divinité de la région thébaine, le dieu Montou à tête de faucon, celui « qui arme le bras du roi », et qui dispose de son propre espace divin à Karnak-nord. Dans la grande salle hypostyle de Karnak un bas-relief montre qu’autour d'Amon règne un collège de 15 dieux dont le premier est Montou, témoignant de son impact théologique. Montou est suivi des neuf dieux d'Héliopolis (Atoum, Shou, Tefnout, Geb, Nout, Osiris, Isis, Seth, et Nephtys), puis de Horus, Hathor, Sobek, Tjenenyet et Iounit (deux compagnes de Montou). Montou dispose de son propre espace divin à Karnak-nord ainsi que de nombreux sanctuaires dans la région à Tod, Médamoud et Armant. Les rapports entre Min, dieu de la fertilité originaire de Coptos et Amon seront aussi analysés.


La visite débutera par le Musée en plein air de Karnak qui conserve des édifices de jubilés royaux du Moyen (Sésostris Ier) et du Nouvel-Empire (Thoutmosis IV) et plusieurs chapelles-reposoirs de barques du Nouvel-Empire, celle du roi Amenhotep Ier en albâtre et celle de la reine Hatchepsout, édifiées en granit noir et en quartzite rouge.

 

Bélier d'Amon, près de l'enceinte de Mout

Osiris devant son tertre

 

Nous nous promènerons ensuite dans le grand ensemble cultuel du Nouvel-Empire dédié au dieu Amon et décrypterons des bas-reliefs insolites. Nous nous attarderons sur le mur extérieur nord de la grande salle hypostyle qui relate par moult détails les victoires du roi Séthi Ier sur les Libyens et les Hittites. A cette occasion le roi porte la couronne rouge de Basse-Egypte qui est celle de la terre natale des rois de la XIXe dynastie. Dans sa section orientale (au dessus de la petite porte d’accès à la salle hypostyle accolée au pylône) un autre mur relate les campagnes Levantines. On y découvre le roi fléchant des guerriers « Shasou » devant la ville de Pa-Canaan (nom inscrit sur la tour de la cité fortifiée) située dans les environs de la bande de Gaza. Au registre supérieur il combat plus au nord aux alentours de la ville de « Qadour dans la terre de Hanouma » (cité nommée et représentée sous le cheval du roi), place fortifiée du Liban sud. On y découvre ses chefs implorer la clémence du roi : tandis que plusieurs d’entre eux agenouillés ou courbés implorent son pardon, deux autres grands chefs du Liban à l’aide de haches abattent un cèdre retenus dans sa chute par des cordes maintenus par deux hommes. Ce bois rare servira notamment à réaliser la grande barque d’Amon dite « Ousirhat », une nef omniprésente sur les bas-reliefs des murs internes ouest et sud de la grande salle à colonnes. Le mur extérieur sud de cette même salle hypostyle, dans son extrémité ouest, présente un autre épisode cette fois en relation avec l’Histoire Biblique : le triomphe du roi Sheshonq Ier après le sac de Jérusalem vers 926 avant J.-C. Les bas-reliefs montrent Amon donnant la victoire au roi Sheshonq Ier (identifiable par son cartouche) et lui livrant 155 cités israélites. L'image d'Amon est incisée sur la paroi et celle de Sheshonq était peinte (elle a aujourd'hui disparue), ce qui explique l'espace vide face au dieu. La liste est introduite par neuf arcs suivis par les toponymes des cités vaincues inscrits dans des enceintes crénelées (dont il ne reste que 75 noms) divisées en deux groupes : les cités du royaume d'Israël puis celles du royaume de Juda. Cet épisode trouve écho dans la Bible : « Sheshonq [...] prit tout y compris les boucliers en or de Salomon» (I Rois XIV.25-26) mais aussi dans l'archéologie israélienne puisque le passage des armées de Sheshonq Ier serait signalé par exemple à Gézer et Tell Qasile (par des niveaux de destructions dans le stratum VIII) et de manière certaine à Megiddo (par la découverte d'un fragment de stèle de victoire du roi Sheshonq). Nous nous dirigerons ensuite vers les IXe et Xe pylônes en dépassant la fameuse cour dite « cour de la cachette » (au niveau du parvis du VIIe pylône) où Georges Legrain, entre 1903 et 1906, découvrit 751 grandes statues en pierre déposées dans une fosse, profonde d’une dizaine de mètres. Cette masse documentaire, composée d’effigies de rois-prêtres, grands prêtres, hauts fonctionnaires et divines adoratrices, qui avaient obtenus par faveur royale le droit de déposer leurs statues dans le temple d’Amon, est conservée aux musées du Caire et de Louxor. En 1913, les fouilles au niveau du Xe pylône de Karnak livrèrent quatre édifiantes statues de hauts fonctionnaires en granit (deux pour Amenhotep fils de Hapou et deux pour le vizir Paramessou, futur Ramsès Ier) déposées près de la porte principale du temple. Les inscriptions sur les statues d’Amenhotep fils de Hapou (XVIIIe dynastie) soulignent son rôle particulier d’intercesseur entre le Dieu et le fidèle : « 0 gens de Karnak désireux de voir Amon, venez à moi : je ferai connaître vos prières. Je suis l’intercesseur de ce dieu… » L’usure au milieu de la surface des palettes de scribes de ces personnages confirme que les pèlerins, durant plusieurs générations, ont palpé ces statues qu’ils vénéraient


Aux abords du lac sacré, nous découvrirons les bas-reliefs et les inscriptions commémoratives des grands prêtres d’Amon Romê-Roy et son fils Bakenkhonsou (règne de Sethi II) et Amenhotep (règne de Ramsès IX). L’édifice de Taharqa-du-lac livre une représentation du roi soudanais assisté de quatre cynocéphales glorifiant le soleil, ces babouins étant considérés comme les « esprits de l’Orient » aidant au lever de l’astre. A proximité se dresse un gigantesque scarabée en granit (le dieu Khépri). Il est posé sur un socle semi-cylindrique dont une face gravée met en scène le roi Aménophis III qui rend l’offrande au dieu Atoum, un disque solaire ailé (Râ) surmontant l’ensemble. Ces diverses manifestations solaires sur ce monument pourraient symboliser le rythme ternaire du mythe héliopolitain de la création : jailli d’une entité liquide, le Noun, Khépri est le soleil levant, Râ l’astre au zénith et Atoum le soleil au couchant. En montant vers le sanctuaire, nous découvrirons les vestiges de la porte du VIe pylône (aile et paroi intérieure sud) qui conserve un texte original d’un des plus grands bâtisseurs de Karnak, le roi Thoutmosis III (vers 1450 avant J.-C.), qui réalisa au moins sept obélisques en Egypte (dont cinq à Karnak et deux à Héliopolis). Ce texte relate la première campagne du roi au Levant en l’an 23 de son règne, expédition militaire qui dura cinq mois et fut marquée par la prise de Megiddo. Le texte donne ensuite le détail du butin alloué au temple de Karnak : esclaves, bétail, pierres et métaux précieux, le revenu fiscal de trois cités syriennes, mais aussi des « oies pour garnir le bassin sacré […] et de la bière et des pains pour les quatre obélisques ». Gravé sur un autre mur situé au sud du sanctuaire, on retrouve deux de ces quatre obélisques mentionnés sur la porte du VIe pylône. Ils sont présentés par le roi Thoutmosis III dans le cadre de présents offerts au temple ; un long texte coure sur le même mur relatant la suite de ses campagnes orientales (17 au cours de son règne). Sur la paroi extérieure sud du sanctuaire de Karnak, qui date de l’époque macédonienne, nous découvrirons de nombreuses représentations gravées et peintes sur le granit rose de la barque d’Amon portée par les prêtres et une scène figurant Amon intronisant le roi, suivie de Amonet allaitant le jeune pharaon (registre supérieur). Nous traverserons ensuite une cour s’ouvrant derrière le sanctuaire pour rejoindre le pavillon jubilaire (Akh-Menou) du roi Thoutmosis III. Dans une chapelle située au nord de cette cour nous découvrirons l’un des trois témoignages connus d’une cérémonie rare : celle de « la fête de l’hippopotame blanc ».


Sur le chemin menant à Karnak-nord, nous découvrirons les chapelles des divines adoratrices d’Amon qui datent des XXVe et XXVIe dynasties et sont consacrées à Osiris. Nous visiterons également le temple de Ptah. Au revers de ce temple, figurent deux célèbres architectes divinisés Imhotep (chef des travaux de Djéser à la IIIe dynastie) et Amenhotep fils de Hapou (chef des travaux du roi Aménophis III). Plus à l’Est s’élève le temple d’Osiris-qui-régit-l’éternité (Heka djet), dont la façade extérieure conserve un vigoureux portrait du roi soudanais Shabataka le front ceint de deux uraeus. Nous clôturerons notre visite par le temple de Khonsou élevé par Ramsès III, dont un bas-relief dans la première cour à droite figure le deuxième pylône de Karnak.

 

Personnification des provinces et des temples présentant des offrandes (chapelle rouge)

Thoutmosis III consacrant deux obélisques au temple

 

Copyright Luc Watrin 2008

 

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Karnak nord, domaine de Montou

 

 

Karnak vue du sud
 

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