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Tombe de Rekhmirê (TT100)


 

Maire de Thèbes et vizir, Rekhmirê obtint ces charges sous Thoutmosis III puis poursuivit sa carrière sous Aménophis II. Une large cour, large d’une vingtaine de mètres précède l’entrée de son tombeau excavé dans la montagne. La tombe est en forme de « T » et comprend deux étroites pièces-couloirs. L’antichambre est à toit plat et la chambre dispose d’un plafond à hauteur croissante (atteignant environ 8m à son maximum) inédit dans la vallée. Sa décoration peinte est l’une des plus variées et originales d’Egypte et son épigraphie est d’une très grande finesse. Les thèmes dominants à l’entrée de la tombe illustrent les devoirs du vizir, qui devait présider à la réception des tributs et surveiller la production des ateliers d’Amon, notamment la confection des statues royales. En avançant dans le tombeau, on découvre des scènes à caractère funéraire dont la représentation d’un prêtre-chamane vêtu d’un étrange costume strié de bandes rouges et blanches. Une grande stèle-fausse porte est placée au niveau du sol au fond du tombeau. Primitivement une autre stèle fausse-porte, de plus petite dimensions, était placée juste au dessus ; cette stèle, aujourd’hui au Louvre, figure le vizir Rekhmirê et sa femme Mérit devant une table d’offrandes. Sur les murs du tombeau, on remarque le martelage du nom d’Amon par les adorateurs d’Aton qui n’ont pas hésité à s’acharner aussi sur les images du vizir. Une niche haut-perchée aménagée au dessus de ces deux stèles devait accueillir une statue amovible du vizir. Plusieurs puits aujourd’hui remblayés s’ouvraient dans la cour ou au niveau du sol de la tombe rupestre mais aucun n’a livré un seul objet ayant appartenu au propriétaire de la concession.

Dans la partie sud-ouest de l’antichambre (à gauche), on découvre, déployée sur cinq registres, la réception des tributs des pays étrangers. Le registre supérieur montre les tributaires du pays de Pount (les Somalis) amenant des anneaux d’or, des défenses d’éléphants ainsi qu’un arbre à encens. En dessous se présentent les Keftiou (Minoens) apportant des lingots d’argents, une corbeille de lapis-lazuli et des vases en métal précieux. On reconnaît ensuite les gens de Koush (Soudanais) apportant des œufs d’autruches, des queues de girafes, du bois d’ébène, des singes, un guépard et une girafe dont les pattes avant sont retenues par deux lassos. Le quatrième registre met en scène les habitants du Retenou (Syriens), qui portent une tunique blanche et convoient des vins en jarre, un char, deux chevaux, un ours des montagnes et un éléphanteau. Le registre du bas figure des étrangers de divers pays, esclaves convoyés par des hommes en armes tenant un bâton et un boomerang. En tête de cortège défilent les nubiens dont les femmes portent des bébés dans des paniers ronds. En fin de cortège des esclaves asiatiques leur succèdent : les femmes portent une longue tunique à trois volants et tiennent chacune sans ménagement un jeune enfant par le bras.

 

Détail des tributs nubiens Le rituel des danseurs Mww


Dans la partie nord-est de l’antichambre (à droite), on retrouve Rekhmirê très affairé puisqu’il doit percevoir les impôts en nature de Moyenne-Egypte, contrôler les rations quotidiennes et les fournitures destinées au temple d’Amon et inspecter les ateliers du temple où sont fabriqués des biens pour le trousseau royal mais aussi pour l’armée. Des statues royales sont aussi représentées sur deux registres. Le premier registre illustre quatre statues installées devant leur chapelle (il s’agit sans doute de modèles en bois comme celles que l’on avait placées dans la tombe de Toutankhamon). Le second registre montre des statues du roi en pierre grise (diorite), blanche (calcaire) ou rougeâtre (granit rose) en tout point similaires à celles déposées dans les temples. Ces effigies représentent pharaon assis, debout, à genoux tenant les vases à vins, en adoration ou en sphinx (l’une d’entre-elle figurant le roi agenouillé est interchangeable avec la statue de Horemheb adorant Atoum découverte dans la cachette de la grande cour du temple de Louxor).


Dans la chambre principale, on découvre sur le mur sud-ouest (à gauche) une multitude d’artisans qui s’affairent dans les ateliers du temple d’Amon : collecteurs de miel enfumant une ruche, convoyeurs de vins vers les magasins du temple, métallurgistes, ébénistes, briquetiers, cordeliers, sculpteurs d’effigies royales colossales en pierre utilisant des échafaudages en bois. La scène des métallurgistes est une des plus instructives: tout d’abord deux ouvriers activent le feu avec des soufflets qu’ils pressent avec leurs pieds, un troisième remuant les braises. En dessous deux fondeurs placent le métal dans un creuset déposé sur un foyer. Derrière eux, une porte en bronze est en train d’être coulée, deux ouvriers versant le métal en fusion dans une série d’entonnoirs placés latéralement au moule ; enfin deux portes en métal sont réalisées comme le montre les deux vantaux déposés près de l’atelier. Les textes légendant les actions indiquent souvent l’origine et la destination des produits fabriqués. Pour les métallurgistes par exemple, le texte précise qu’il s’agit de cuivre ramené de Syrie lors d’une campagne victorieuse du roi pour « fondre les deux portes du temple d’Amon de Karnak ». Sur l’autre mur (paroi de droite/nord) le défunt évoque les aspects privés de sa vie en montrant une fête familiale animée par des musiciennes et des chanteuses. Ce dernier banquet précède les rituels funéraires qui mettent en scène un curieux personnage apparaissant tout d’abord dans une sorte de cocon duquel émerge la tête puis que l’on retrouve assis dans un costume blanc bariolé de rouge : il s’agit du « Tikénou », un prêtre chamane communicant avec le défunt lors de son sommeil. A un autre endroit on remarque deux hommes face à face s’appuyant sur une jambe, le bras fléchi et le poing fermé tendant leur pouce : il s’agit cette fois des « danseurs Mww » chargés d’accueillir le défunt à son arrivée dans la nécropole. On retrouve ces danseurs singuliers dans quelques autres tombes du Nouvel-Empire notamment dans celles de el-Kab où ils portent de curieuses couronnes végétales en forme de tiare (une nase ?) et officient comme  transporteurs du fleuve céleste. Ces différents rituels précèdent la présentation du défunt à Osiris.
 

Copyright Luc Watrin 2008

 

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Métallurgistes fondant le cuivre

 

 

Artisans polissant une  statue royale
 

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