GREPAL Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant

  Groupe de Recherche Européen Pour l'Archéologie au Levant                          ENGLISH

 

 
 

Affaire Nefertiti : la reine rentrera-t-elle en Égypte ?


 

Toutes les informations scientifiques et techniques, sous quelque forme que ce soit (photographique, dessin, textuelle) apparaissant sur le site internet du GREPAL tombent sous la juridiction des lois françaises protégeant les droits d'auteurs et la propriété intellectuelle. Tout contrevenant s'expose à des poursuites juridiques.

 

 

par Luc Watrin, Le Caire, le 13 janvier 2011.

 

Scoop. La presse égyptienne dans le cadre d’une brève parue dans le journal Al-Youm al-Sabee en date du 08 janvier 2011 a annoncé que son Excellence le directeur des Antiquités le Docteur Zahi Hawass va, dans un avenir proche, procéder à une demande officielle de restitution du célèbre buste de Nefertiti conservé au nouveau musée de Berlin (Berlin 21300). Un dossier de documents inédits aurait été constitué par les services du Supreme Council of Antiquities (SCA). Jusqu’ici, toutes les demandes en ce sens ont été effectuées directement entre les acteurs du dossier ; mais le SCA souhaite désormais saisir l’UNESCO. Cette demande officielle pourrait intervenir dès mars 2011.

 

Dès l’origine, il flotte sur cette sculpture en pierre de la XVIIIIe dynastie un parfum d’intrigue et de scandale. Déjà le führer du Reich Adolf Hitler était intervenu en personne dans des pourparlers de restitution entre émissaires nazis conduits par Hermann Göring et le roi Fouad Ier en déclarant en mars 1934 que l’objet resterait en Allemagne « pour toujours » (source Journal « Bourse » du 31 mars 1934).

 

Ce portrait de la reine Nefertiti, grande épouse du roi Akhénaton, se présente sous la forme d’un buste en calcaire stuqué et peint haut de 47 cm. Il  s’agit d’un modèle de sculpteur inachevé, comme l’indique l’œil absent, réalisé au milieu du XIVe siècle avant J.-C. Ses épaules coupées verticalement rappellent une autre pièce conservée à Paris : la tête dite « Salt » (Louvre N 2289). Cette pièce, entrée au Musée du Louvre en 1826 grâce à l’entremise de Jean François Champollion, est grandeur nature et en calcaire peint.

 

Jusqu’au 06 décembre 1912, date de sa découverte, le buste de Nefertiti reposait dans la villa-atelier du maître-sculpteur Djehouti-mose sur le site de Tell el-Amarna en Moyenne Égypte. Amarna est le nom moderne de l’antique cité de « l’Horizon d’Aton » fondée par le roi Amenhotep IV devenu Akhénaton. Elle fut métropole d’empire vers 1373 avant J.-C. Elle se présente encore aujourd’hui comme une sorte de « Pompéi égyptien » avalée par les sables. Les travaux archéologiques ont mis au jour les arasements de la plupart des constructions, restituant les plans au sol des palais et des temples, les élévations desquelles sont figurées en deux dimensions sur les parois des tombeaux.

 

L’archéologue Ludwig Borchardt s’inscrit dans la voie tracée par son prédécesseur Karl Richard Lepsius qui établit le premier plan topographique de la ville au milieu du XIXe siècle pour le compte de « l’expédition royale prussienne en Égypte et en Éthiopie ». Informé du pillage du site à la fin des années 1890, Borchardt décide d’intervenir à Tell el-Amarna d’où provenaient nombre de pièces antiques. Un chef d’œuvre de sculpture, une plaque d’autel familial en calcaire représentant la famille royale amarnienne (Berlin 14145) avait déjà été achetée en 1898 par les allemands sur le marché des antiquités. L’époque était aux trouvailles destinées à enrichir les musées d’Europe et d’Amérique mais l’archéologue allemand,  ordonné et méthodique, préféra une approche scientifique du site. Dès 1911, à la tête du D.O.G. (Deutsche Orient Gesellschaft), il établit un carroyage (chaque carré mesurant 200 m. de côté) couvrant les vestiges urbains de la plaine d’Amarna. Ce long maillage effectué, il confie ensuite à des fouilleurs expérimentés le dégagement et l’enregistrement des vestiges architecturaux.

 

Le journal de fouille de Ludwig Borchardt, aux pages 46 à 48 (source doc. pers. Luc Watrin), indique que c’est dans le carré P 47 de la maison n° 2, dans l’angle nord-est de la pièce 19 - qui était une petite pièce de stockage et/ou d’exposition - située juste derrière une salle de réception à deux colonnes (pièce 14), que le contremaître égyptien des fouilles allemandes, Mohammed Ahmed Al-Senoussi découvrit le buste peint de la reine alors qu’il effectuait un dégagement à la houe des couches supérieures de sédiments. Celles-ci consistaient en une accumulation de terre crue issue de l’effondrement des murs et en sédiments d’apport éolien. Délaissant la houe, les archéologues dégagèrent avec fébrilité le buste de leurs mains (source Borchardt, ADOG in Tell el-Amarna III, 1923, p. 31). Après un long sommeil de 3260 ans environ, une jeune reine splendide et maquillée jaillissait des sables du désert ! Un hasard calendaire veut que le prince Johann Georg von Sachsen et la famille royale de Saxe arrivèrent sur le site le jour de la découverte de plusieurs portraits royaux dont le buste de Nefertiti. Leurs photos, encore inédites, que nous avons pu consulter dévoilent l’état d’excitation qui envahit alors la petite colonie allemande d’Amarna.

 

Un document de partage entre le directeur des fouilles Ludwig Borchardt et l’inspecteur d’Assiout, Gustave Lefebvre, représentant le Service des Antiquités d’Égypte alors dirigé par le Français Gaston Maspéro est établi. Il détaille la répartition des trouvailles en deux lots distincts (source doc. pers. Luc Watrin). Il est signé le 20 janvier 1913. Après un long voyage en bateau, le buste de la reine Nefertiti débarque sans tambours ni trompettes en Allemagne au printemps 1913. La star est seulement dévoilée a Guillaume II qui en reçoit une réplique la même année (avec deux yeux au lieu d’un !) comme le révèle une lettre de remerciements de l’empereur datée du 10 novembre 1913 (source doc. pers. Luc Watrin). La guerre de 1914-18 ralentit considérablement les travaux de publication et la pièce est passée sous silence : la communauté internationale ignore tout simplement l’existence de cette pièce.

 

Pendant cette période, elle est conservée avec d’autres objets amarniens provenant de l’atelier de Djehouti-mose chez le mécène de la D.O.G., monsieur James Simon. C’est seulement dix ans plus tard, en 1923, que le buste de Nefertiti est publié par Ludwig Borchardt puis exposé au musée de Berlin l’année suivante. Entre temps, le musée est devenu propriétaire de l’œuvre suite à une donation du mécène. Très rapidement une polémique apparaît. En 1924, le nouveau directeur des Antiquités d’Égypte, un autre français, monsieur Pierre Lacau, s’étonne qu’une pièce aussi extraordinaire et unique n’ait pas été allouée à l’Égypte lors du partage, pays devenu par ailleurs indépendant en 1922. « L’affaire Nefertiti » commence.

 

Nefertiti fêtera-t-elle le centenaire de sa renaissance en Allemagne ou en Égypte ? Pour certains archéologues des deux pays rencontrés en ce début de janvier 2011, la reine Nefertiti est de loin la meilleure ambassadrice de l’Égypte en Europe. Par sa beauté resplendissante, elle interpelle les visiteurs sur la grandeur des ancêtres des Égyptiens d’aujourd’hui. En retour, cette fascination génère un afflux touristique qui enrichit la terre des pharaons. En ce début d’année sur les rives du Nil, nous avons rencontré le vice-ministre de la Culture. L’homme est affable. Sur cette affaire, son Excellence apparaît comme pressé, actif et désireux de restituer à son pays des trésors arrachés à l’Égypte à l’époque coloniale. De source proche du SCA, on affirme que cette fois les chances égyptiennes n’ont jamais été aussi proches de l’objectif qui est le retour de la « reine colorée » sur son sol natal. D’autres sources proches des milieux muséographiques germaniques et alémaniques affirment au contraire que l’Égypte n’a aucune chance d’avoir juridiquement gain de cause. Pour rappel, l’Égypte a déjà essuyé une déconvenue dans les années 1930 à l’époque du roi Fouad. La république de Moubarak et ses janissaires aura-t-elle davantage de succès ?

 

 

Article original publié sur : http://www.youm7.com/

 

"الثقافة" تطالب حكومة ألمانيا رسمياً برأس نفرتيتى

كتبت دينا عبد العليم

 

 

 علم "اليوم السابع" أن اللجنة القومية للآثار المستردة انتهت من إعداد الملف القانونى لاستعادة رأس نفرتيتى، والذى عرضته اللجنة على الدكتور زاهى حواس، الأمين العام للمجلس الأعلى للآثار، فوافق عليه، وبدوره عرضه على وزير الثقافة فاروق حسنى، الذى عرضه على رئيس مجلس الوزراء الدكتور أحمد نظيف منذ أيام.

وقد أبدى نظيف موافقته على الملف وأصدر تعليماته لوزير الثقافة بسرعة إرسال هذا الملف إلى الحكومة الألمانية للمطالبة بعودة رأس نفرتيتى

وأكد مصدر موثوق من داخل وزارة الثقافة أن حواس سيعلن خلال الأيام القليلة المقبلة عن انتهاء اللجنة من إعداد الملف ومطالبة ألمانيا رسمياً باستعادة الرأس.

الملف يضم الأدلة القانونية التى تؤكد خروج الرأس بطريقة غير شرعية، وهو ما يعطى مصر الحق فى المطالبة بها واستعادتها، وفقا للقوانين الدولية.

جدير بالذكر أن اللجنة القومية للآثار المستردة أمر بتشكيلها الدكتور أحمد نظيف، رئيس مجلس الوزراء، برئاسة وزير الثقافة فاروق حسنى، وتتكون من الدكتور زاهى حواس أمين عام المجلس الأعلى للآثار، والسفير نبيل العربى، والسفير عبد الرؤوف الريدى، والسفيرة إيمان الفار، وأشرف العشماوى المستشار القانونى لوزير الثقافة، والدكتور أحمد مصطفى رئيس قطاع الآثار المستردة بالمجلس، وممثلين عن وزارات الداخلية والعدل والأمن القومى والنيابة العامة

 

 

Traduction (© GREPAL)

 

Journal Al-Youm al-Sabee (Le 7e jour).

Le 08 janvier 2011

 

Le  Ministère de la Culture demande officiellement au Gouvernement allemand la restitution du buste de Nefertiti

 

par Dina Abd el-Halim

 

Le Comité National de recouvrement des Antiquités a terminé de préparer le dossier juridique de restitution du buste de Nefertiti présenté au Docteur Zahi Hawass. A son tour, il l’a présenté au Ministre de la Culture monsieur Farouk Hosni, qui l’a lui-même adressé au Premier Ministre le Docteur Ahmed Nazif. Le Premier Ministre a accepté le dossier en ordonnant au Ministre de la Culture d’envoyer immédiatement le dossier au Gouvernement allemand afin qu’il restitue le buste de Nefertiti. Monsieur Hawass va annoncer dans les jours qui viennent la clôture des travaux du comité de préparation du dossier de demande officielle de restitution. Ce dossier réunit les arguments juridiques qui démontrent que la sortie du buste s’est faite illégalement, ce qui offre à l’Égypte des droits de réclamation selon les lois internationales.

Cette commission est dirigée par monsieur le Ministre Farouk Hosni. Elle est composée du Docteur Zahi Hawass, de l’ambassadeur Nabil Al-Ezabi, de l’ambassadeur Abd Al Rahuf Al-Ridi, de l’ambassadrice Eman Al-Farr, du consultant juridique du Ministère de la Culture, monsieur Ashraf Al-Ashnawi et du docteur Ahmad Moktafr, directeur du service de recouvrement des Antiquités, ainsi que des représentants des ministères de l’Intérieur, de la Justice, de la Sécurité Nationale et du Commissaire Général.

 

 
 
Plan de la villa-atelier de Djehouti-mose
 

 

en jaune, la salle 19 où fut exhumé le buste de Nefertiti

 

 

Salles 19 et 14 de la villa-atelier de Djehouti-mose
 

en bas à gauche, la salle 19 où fut exhumé le buste de Nefertiti

 

© 2009 GREPAL. Tous droits réservés (sauf mention contraire).